• Adenauer avait d'anciens nazis dans son gouvernement

    Les têtes pensantes de cette troupe recrutent des fonds auprès des entreprises allemandes et passent des accords avec des entreprises de livraison pour pouvoir disposer rapidement de véhicules en cas de conflit. Les documents du BND prouvent que les services secrets allemands ont eu connaissance de l'existence de cette armée dès 1951. Albert Schnez, qui avait des relations haut-placées au ministère de l'Intérieur et comptait par ce biais pouvoir fournir sa troupe en armes, a même été jusqu'à proposer un partenariat aux services secrets allemands.

    Pourquoi l'Allemagne de l'Ouest n'a-t-elle jamais voulu extrader le responsable du massacre d'Oradour-sur-Glane? « L'Allemagne d'après-guerre a été marquée par une continuité dans le personnel politique et judiciaire et dans l'appareil policier, explique l'historien allemand Michael Wolffsohn. Les juges étaient les mêmes que sous le régime nazi. Ils n'étaient donc pas enclins aux poursuites. » Cette situation a profité à des milliers de nazis, reconvertis dans l'administration et les affaires, comme Heinz Lammerding. Condamné en France par contumace en 1951, ce général commandant SS de la division Das Reich a pu bénéficier d'une protection de fait des autorités allemandes.

    Heinz Bath, décédé à 86 ans, il y a six ans, est le seul acteur direct du massacre à avoir été condamné et emprisonné. Cet ancien sous-lieutenant SS, qui commandait la section ayant encerclé le village, s'était caché sous une fausse identité en RDA après la guerre. Démasqué et condamné en 1983 à la réclusion à perpétuité par le tribunal de Berlin-Est, il avait été libéré en 1997, en raison de son âge et des « regrets » exprimés pour ses actes.

    Une procédure ouverte en 2010 pour Oradour

    Lammerding, lui, a pu faire carrière après la guerre comme entrepreneur à Düsseldorf. Il a ensuite coulé des jours tranquilles lors de sa retraite en Bavière, avant de mourir en 1971, à l'âge de 65 ans. Ces exemples de reconversions réussies dans la vie civile après guerre sont légion, à commencer par les directeurs de la Dresdner Bank, la « banque SS », qui ont retrouvé leur poste après la guerre. Jusqu'au personnel politique : le premier chancelier de la RFA, Konrad Adenauer, avait repris d'anciens nazis dans son gouvernement. Le social-démocrate Willy Brandt en comptait 12. « Le véritable miracle de la République fédérale, c'est d'avoir construit une démocratie avec le même personnel que sous le nazisme », conclut Michael Wolffsohn.

    Adenauer avait d'anciens nazis dans son gouvernement

    Albert Schnez, en 1968, avec le président allemand Heinrich Lübke

    À partir de 1949, près de 2.000 anciens officiers de la Wehrmacht et de la SS ont travaillé secrètement à la constitution d'une armée en Allemagne.

    L'histoire de cette armée de l'ombre, dont l'existence n'avait jusqu'à présent jamais été rendue publique par les autorités allemandes, dormait depuis plus d'un demi-siècle dans les archives du BND, le service des renseignements allemand. Jusqu'à qu'un historien, Agilof Kesselring, qui menait des recherches sur l'histoire du BND, soit tombé par hasard sur un dossier de 321 pages étiqueté sous un nom trompeur: «Assurances». Der Spiegel a pu avoir accès à son contenu.

     

    Cette armée secrète voit le jour en 1949 sous l'égide de l'ancien colonel nazi Albert Schnez, dans la région de Stuttgart. Ses membres, recrutés parmi les anciens officiers de l'armée nazie, veulent doter l'Allemagne désarmée et démilitarisée d'une troupe prête à agir . On est alors au début de la guerre froide.

    Les têtes pensantes de cette troupe recrutent des fonds auprès des entreprises allemandes et passent des accords avec des entreprises de livraison pour pouvoir disposer rapidement de véhicules en cas de conflit. Les documents du BND prouvent que les services secrets allemands ont eu connaissance de l'existence de cette armée dès 1951. Albert Schnez, qui avait des relations haut-placées au ministère de l'Intérieur et comptait par ce biais pouvoir fournir sa troupe en armes, a même été jusqu'à proposer un partenariat aux services secrets allemands.

    Le chancelier au pouvoir, Konrad Adenauer, ne fit étrangement rien pour dissoudre cette armée. Sachant que si jamais les Alliés avaient vent de son existence, cela compromettrait le processus d'intégration de la République fédérale à l'Ouest et le projet de constitution d'une armée légale.

    En 1955, la Bundeswehr fut créée, et l'armée d'Albert Schnez devint tout à coup superflue. Les documents du BND ne permettent pas de savoir quand fut-elle réellement dissoute. Profitant de sa proximité avec le pouvoir, Albert Schnez sortit de l'ombre pour entrer dans la nouvelle armée allemande, où il fut promu au grade de général de brigade.

    Décédé en 2007, l'ancien colonel nazi n'a jamais évoqué l'histoire de cette armée de l'ombre, mais aimait se vanter de son influence au sein du pouvoir politique, comme le rapporte le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung. Peu de temps avant sa mort, il avait par exemple raconté comment il s'était permis, au début des années 1960, de lancer à Adenauer lors d'une réunion publique, alors que celui-ci évoquait les difficultés politiques liées à Berlin :

    «Monsieur le chancelier, si vous abandonnez Berlin-Ouest, vous n'avez plus besoin de vous présenter lors des prochaines élections.»

     

    Notes:

    http://www.slate.fr/monde/86961/nazis-armee-secrete

    http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/berlin-n-a-jamais-extrade-le-responsable-du-massacre-04-09-2013-3105555.php

     

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